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 Opinion

Côte d’Ivoire : ne pas baisser les bras

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jonathan
Tuesday, 29 March, 2011

Dans une tribune publiée dans Le Figaro, Graça Machel et Desmond Tutu s'inquiètent des revers démocratiques en Afrique de l'ouest. Ils exhortent les dirigeants africains à se mettre au service de leurs concitoyens et non pas à agir en maîtres.

Le courage du peuple libyen, après l’élan démocratique qui a traversé la Tunisie et l’Égypte, a mis en lumière le profond désir de liberté qui existe aujourd’hui en Afrique. Il a démontré ce que nous avons toujours su : les peuples de notre continent ont la même soif de droits et de libertés que tous les autres.

Or, si la démocratie progresse au nord de notre continent, elle est en train de subir un grave revers en Afrique de l'Ouest. En Côte d’Ivoire, le refus de l'ancien président Laurent Gbagbo de se retirer du pouvoir risque d'aboutir à la reprise de la guerre civile. Avec des élections prévues dans plusieurs pays africains au cours des prochains mois, ce refus risque également d'encourager d'autres dirigeants désavoués par les urnes à ignorer la volonté de leurs concitoyens.

Les élections présidentielles de novembre étaient un élément-clé de l'accord de paix négocié par l'Union africaine avec le soutien des Nations unies. La Commission Electorale Indépendante ivoirienne a déclaré que le scrutin s'est déroulé dans de bonnes conditions, et qu'il a indiscutablement été remporté par Alassane Ouattara. Cette victoire a été largement reconnue par la communauté internationale.

M. Gbagbo a pourtant refusé d'accepter les résultats et utilise désormais la peur et la violence pour se maintenir au pouvoir. Les tensions ethniques s'aggravent, et une inquiétante manipulation de la rhétorique religieuse est utilisée afin de mobiliser les foules, dans un conflit qui est essentiellement politique. Les forces de maintien de la paix de l'ONU ont elles aussi été prises pour cible.

Les violences s’intensifient à un rythme inquiétant. De nombreuses attaques contres des civils non armés ont été signalées et des obus ont été tirés sur des quartiers habités par des civils. Ces violences ont fait des centaines de victimes et engendrent une grave crise humanitaire. Près d’un million de personnes ont fui leurs foyers pour trouver refuge dans d'autres régions du pays ou au-delà des frontières. Après avoir enduré près d'une décennie d'instabilité, le pays se trouve aujourd'hui au bord de la guerre civile.

La tragédie qui se déroule en Côte d'Ivoire exige que la communauté internationale agisse de façon concertée. Mais il s'agit d'une crise africaine qui demande, avant tout, une solution africaine. En tant que membres de The Elders, nous n'avons aucun pouvoir politique. Mais nous avons trop souvent été témoins de ce qui arrive lorsque des dirigeants ne respectent pas les droits de l'homme. Nous savons également que lorsqu’ils sont guidés par des principes solides, les dirigeants politiques sont capables de dénouer les conflits les plus insolubles en apparence.

C'est pourquoi nous exhortons, l'ancien président Gbagbo à respecter les résultats de l’élection. Nous lui demandons aussi d'empêcher immédiatement ses forces d'attaquer des civils, et demandons aux forces fidèles au nouveau président de ne pas tomber dans la spirale de la violence.

La communauté internationale, sous la direction de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest et de l'Union africaine, ne doit pas infléchir sa position et continuer d’exiger le retrait de Gbagbo. L'Union africaine a fait un premier pas important en décidant de nommer un Haut Représentant et d'organiser des négociations entre les parties ivoiriennes. L’UA ne doit pas se laisser décourager par le rejet d’Alassane Ouattara du candidat qu’ils ont proposé, et continuer à chercher un candidat acceptable pour les deux parties.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU étudie actuellement un projet de résolution proposé par la France et d’autres pays en vue d’établir de nouvelles sanctions et d’interdire l’usage d’armes lourdes dans la capitale ivoirienne. La communauté internationale doit en outre allouer au plus vite les ressources qui permettront aux milliers de déplacés de bénéficier de l’aide humanitaire.

En tant que membres africains de The Elders, nous sommes très fiers des progrès économiques, politiques et sociaux qui ont été accomplis sur notre continent. Du nord au sud, les raisons d’espérer sont nombreuses. Mais si l'Afrique entend réaliser pleinement son vaste potentiel, il faut que tous ses dirigeants comprennent qu'ils sont les serviteurs – et non les maîtres – de leurs concitoyens.

Graça Machel et Desmond Tutu sont membres du groupe The Elders.

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