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 Opinion

L’Europe peut encore restaurer sa crédibilité au Proche Orient

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Anonymous
Tuesday, 4 December, 2012

Les Elders appellent l’Union européenne à faire pression sur Israël pour mettre fin à l’expansion des colonies en Cisjordanie. Dans une tribune publiée par Libération, ils estiment que l’Europe, en prenant des mesures concernant l’importation de produits issus des colonies, peut contribuer à préserver la solution à deux États.

Le vote à l’ONU, le mois dernier, accordant à la Palestine le statut d’Etat observateur, a éveillé une lueur d’espoir dans une région où les bonnes nouvelles se font rares. Il est cependant regrettable que l’Europe ait échoué à parler d’une seule voix en faveur de la demande palestinienne. En tant qu’anciens chefs d’Etat européens, ce manque de cohérence nous semble difficilement conciliable avec le soutien de l’Union européenne à la solution à deux États.

Nous observons le même écart entre les principes et les actes dans la politique de l’UE à l’égard des colonies israéliennes en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Elles empiètent sur le territoire d’un futur Etat palestinien et rendent sa réalisation chaque jour un peu plus compliquée. Pas plus tard que la semaine dernière, le gouvernement israélien a autorisé la construction de 3000 nouveaux logements dans une zone stratégique qui relie Jérusalem-Est au reste de la Cisjordanie.

Un rapport de 22 associations européennes, « La paix au rabais » , révèle que l’Union européenne importe quinze fois plus de produits en provenance des colonies israéliennes que des territoires palestiniens. L’UE a pressé Israël à maintes reprises de « mettre un terme immédiat aux activités de colonisation ». Et pourtant, en entretenant des liens commerciaux avec les colonies, l’UE contribue, comme par inadvertance, à leur viabilité économique et à leur permanence. Dans le même temps, elle étouffe toute chance de décollage économique en Cisjordanie et dilapide les milliards d’euros d’aide qu’elle a elle même investis pour l’instauration d’un État palestinien.

Une délégation des «Elders », le groupe indépendant de personnalités mondiales dont nous sommes membres, a constaté, de retour d’une récente visite en Israël et en Cisjordanie, un sentiment de désenchantement, voire de découragement, tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens, qui voient s’éloigner chaque jour un peu plus la solution à deux États. Contrairement à l’idée largement répandue d’une impasse, la situation sur le terrain évolue à grand pas: plus de 40% du territoire de la Cisjordanie ont déjà été confisqués au profit des colonies, d’infrastructures routières ou pour un usage militaire, ainsi que la majorité des ressources hydriques et naturelles.

Le moment est venu pour l’Union européenne de montrer la voie. En tant que principal partenaire commercial d’Israël, l’UE pourrait dans un premier temps distinguer les produits israéliens des biens produits dans les colonies illégales. Dans la plupart des supermarchés européens, il est impossible pour le consommateur de savoir si les dattes ou les avocats marqués « Israël » proviennent de l’Etat hébreu ou de terres confisquées aux Palestiniens. Un large éventail de produits manufacturés dans les zones industrielles israéliennes établies en Cisjordanie en violation du droit international, qu’il s’agisse de boissons gazeuses ou de cosmétiques, sont vendus sur les marchés européens sous l’étiquette trompeuse « Made in Israël ».

Les gouvernements britannique et danois ont pris les devants en adoptant des recommandations simples relatives à l’étiquetage, qui permettent aux consommateurs de distinguer les produits venant des colonies, ceux fabriqués en Israël, et les biens produits par les Palestiniens. Ces gouvernements n’ont rien fait d’autre que d’appliquer la législation européenne en vigueur sur la protection des consommateurs.

Cette politique a eu pour effet d’inciter les principales chaînes de supermarchés en Grande-Bretagne et au Danemark à ne plus vendre les produits issus des colonies israéliennes illégales. Promouvoir un étiquetage correct des produits venant des colonies n’est pas un acte d’hostilité envers Israël. C’est une politique en faveur des consommateurs, pour la paix et pour le respect du droit international. C’est une logique qui soutient la vision de deux États, Israël et la Palestine, existant côte à côte en paix et en sécurité.

S’ils en ont le choix, les consommateurs européens auraient la possibilité de rallumer l’espoir chez les Palestiniens, dont les perspectives économiques, tout comme leurs perspectives d’obtenir d’un État, sont compromises dans le climat actuel. Ils pourraient également faire preuve de solidarité avec nombre d’Israéliens qui, déjà, refusent d’acheter des produits issus des colonies, dans l’espoir de protéger de caractère démocratique de leur pays.

En établissant une distinction claire entre les produits importés des colonies et les produits israéliens, l’Union européenne a une occasion unique de réconcilier ses principes et ses actes sur la question des colonies en Cisjordanie – et de restaurer sa crédibilité dans le processus de paix au Proche Orient. Il s’agirait d’un geste modeste, mais d’un geste responsable, de la part du prix Nobel de la paix 2012, pour préserver la solution à deux États, et donc la possibilité d’une paix durable.

Ancien président finlandais, Martti Ahtisaari a reçu le prix Nobel de la paix en 2008. Ancienne présidente irlandaise, Mary Robinson a été Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Tous deux sont membres des « Elders », un groupe indépendant de personnalités mondiales œuvrant pour la paix et les droits de l’homme.

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