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Opinion

Les droits des femmes doivent se trouver au cœur de la reprise mondiale

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Photo: The Elders/Barbara Ries

Il est essentiel de donner la priorité à la prévention de la violence à l’égard des femmes en réponse à la pandémie de COVID-19 et à la reprise, écrit Ban Ki-moon. Publié dans El País.

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La pandémie de COVID-19 soulève une foule de nouvelles questions complexes pour les leaders et les décideurs politiques du monde entier. Comment garantir à la fois une production rapide et une distribution équitable de vaccins ? Comment réformer les marchés du travail et les chaînes d’approvisionnement mondiales au vu de l’impact de la pandémie sur l’économie ? Comment s’assurer que les enfants ne passent pas à côté d’opportunités précieuses pour leur avenir après l’interruption de leur éducation causée par les confinements et les autres restrictions ?

Pourtant, derrière toutes ces nouvelles questions, des défis de longue date reflètent les profondes inégalités systémiques que connaît notre monde, l’une des plus graves étant les violences et discriminations à l’encontre des femmes et des filles.

L’épidémie de coronavirus a exacerbé les inégalités existantes pour les femmes et les filles de plusieurs façons, des domaines de la santé et de l’économie à ceux de la sécurité et de la protection sociale. Toutefois, la pandémie offre également l’occasion de mettre en œuvre des actions radicales et positives visant à corriger les inégalités de longue date dans plusieurs domaines de la vie des femmes. 

Dans le cadre de cette correction, il est essentiel de donner la priorité à la prévention de la violence à l’égard des femmes en réponse à la pandémie de COVID-19 et à la reprise.

Le Forum Génération Égalité (FGE), qui débute cette semaine à Paris, est une occasion en or pour relever ces défis de front. Il aurait dû se dérouler l’année dernière, marquant ainsi les 25 ans depuis l’importante Conférence mondiale de l’ONU sur les femmes à Pékin.

La Déclaration publiée à l’issue de cette conférence reste le cadre le plus complet jamais établi pour parvenir à l’autonomisation des femmes et à l’égalité entre les genres. Toutefois, les inégalités persistantes que la pandémie a encore une fois révélées de façon frappante montrent qu’il reste encore beaucoup à faire.

C’est pour cela que le rassemblement du FGE à Paris est aussi important. Parmi toutes les autres priorités qui se battent pour attirer l’attention des leaders, il représentera une occasion de renouveler et de revitaliser les engagements mondiaux en faveur de l’égalité des genres, et d’aboutir à un ensemble de résultats concrets, ambitieux et significatifs, qui feront des 25 prochaines années une période de véritables progrès et non d’occasions ratées.

En tant qu’homme né dans une société patriarcale, j’ai toujours eu pleinement conscience de la discrimination auxquelles les femmes sont exposées et du fardeau disproportionnément lourd qu’elles portent à cause des crises imputables à l’homme, des conflits et de la pauvreté au changement climatique.

Ma mère me parlait souvent du danger pour les femmes d’accoucher. Elle disait : « Les femmes regardaient une dernière fois leurs chaussures en caoutchouc avant d'aller accoucher, n’étant pas sûres d’avoir l’occasion de les porter à nouveau. » Ces mots m’ont marqué à vie.

Mon enfance a été marquée par la guerre de Corée, lorsque ma famille a dû quitter notre village et que j’ai vu les femmes recoller les morceaux et tout rebâtir tandis que les hommes étaient appelés à se battre.

C’est pour cela qu’en tant que Secrétaire général des Nations unies, j’étais déterminé à faire des droits des femmes et de l’égalité des genres une priorité majeure. C’est pourquoi j’ai fondé ONU Femmes, une agence de l’ONU dédiée à lutter contre la discrimination et à promouvoir l’égalité. Et c’est pourquoi j’ai soutenu les Objectifs de Développement Durable, au centre desquels se trouvent l’égalité et l’autonomisation.

Je suis fier de me considérer féministe. Cependant, je suis consterné de constater que tant d’autres hommes, y compris ceux qui occupent des postes à responsabilité et de pouvoir, restent enfermés dans des mentalités sexistes et misogynes et, par leurs actions ou leur inaction, continuent d’opprimer et de dénigrer les femmes à la fois dans les sphères publique et privée.

Les femmes payent un prix terriblement élevé pour cet échec masculin. Des recherches effectuées l’année dernière par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) ont prédit au moins 15 millions de cas supplémentaires de violences conjugales pour chaque tranche de trois mois d’extension du confinement lié à la pandémie de COVID-19.

Pour couronner le tout, les femmes font l’objet d’une discrimination économique tenace et bien ancrée dans tous les secteurs. Les femmes accomplissent bien plus de tâches non rémunérées que les hommes et, même lorsqu’elles font partie du marché du travail, les sociétés qui appartiennent à des femmes sont confrontées à un déficit de crédit mondial de 1 500 milliards de dollars, qui les empêchent d’investir dans leurs activités et de les développer. 

Pour qu’un changement soit opéré, et cela est primordial, les leaders masculins doivent assumer leurs obligations, reconnaître leurs défauts et faire évoluer leur attitude et leurs messages publics.

Les groupes tels que MenEngage font un travail remarquable pour souligner les liens entre la violence liée au genre, les mentalités misogynes et les inégalités systémiques plus larges relatives au changement climatique, à la santé publique et à l’accès à la justice.

Il s’agit d’un travail d’une importance cruciale, mais si nous, les hommes, prouvons que nous sommes vraiment des féministes, nous devons céder de l’espace, renoncer à certains privilèges dont nous et nos ancêtres avons profité pendant plusieurs siècles, et ouvrir la voie aux femmes aux postes de direction.

Tous les participants du Forum Génération Égalité à Paris devraient se souvenir des mots de Simone de Beauvoir, la féministe révolutionnaire :

« Émanciper la femme, c’est refuser de la confiner aux relations qu’elle entretient avec l’homme (...). Lorsque nous abolissons l’esclavage de la moitié de l’humanité, ainsi que tout le système d’hypocrisie qu’il implique, la « division » de l’humanité révélera sa véritable signification et le couple humain retrouvera sa véritable forme. »

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