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jonathan
Thursday, 11 October, 2012

"L'autonomisation des filles est la clé du développement." Dans une tribune publiée dans plusieurs journaux à travers le monde, pour la Journée internationale de la fille, Desmond Tutu et Ela Bhatt demandent à la communauté internationale d’en finir avec le mariage des enfants dans l’espace d’une seule génération – permettant ainsi aux filles de réaliser leur potentiel pour les générations à venir.

Aujourd’hui, nous célébrons la première Journée internationale de la fille.

C’est l’occasion de souligner que ce sont les filles qui changeront le monde. Leur autonomisation est la clé du développement. Il s’agit également, à travers cet événement, de reconnaître les discriminations et les violences que les filles subissent de façon disproportionnée. A ce titre, il est particulièrement important que le thème choisi par les Nations Unies pour cette journée inaugurale soit le mariage des enfants, l’une des épreuves les plus cruelles subies par les filles.

Le mariage des adolescentes, parfois à des hommes bien plus âgés, résume bien la douleur, l’injustice et le potentiel dérobé dont sont victimes tant de filles à travers le monde.

Chaque année, dix millions de filles de moins de 18 ans sont contraintes de se marier sans avoir voix au chapitre ou si peu. Cent millions de filles seront ainsi mariées dans la prochaine décennie. Les parents sont souvent persuadés d’agir pour leur bien, mais en réalité, ces jeunes épouses seront davantage exposées à la violence, aux maladies, à une éducation inadaptée et à la pauvreté.

Songeons, un instant, à la force extraordinaire qui pourrait être libérée si l’on pouvait leur éviter un tel sort.

A l’abri du mariage précoce, les filles ont plus de chance de rester à l’école. Des études montrent que chaque année supplémentaire d’école primaire équivaut à des revenus de 10 à 20% plus élevés dans la vie adulte. Un revenu plus élevé serait en outre bénéfique pour tous puisqu’il est prouvé que les femmes réinvestissent davantage dans leur famille que les hommes.

Préservées du mariage, les filles sont moins exposées que les filles mariées du même âge à certaines maladies comme le VIH/SIDA. Elles sont mieux préparées quand viendra le moment de fonder une famille: le taux de mortalité en couches et le taux de mortalité infantile diminuent grâce à une meilleure éducation et les relations entre époux sont plus harmonieuses.

Nous savons, pour avoir été témoins d’efforts couronnés de succès pour faire reculer le mariage des enfants, qu’une femme qui a conscience de tous ces avantages sera moins disposée à marier ses propres filles très jeunes. Le mariage des enfants pourrait ainsi disparaître en une génération.

Aujourd’hui, nous avons l’occasion d’entériner une telle promesse.

Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), des objectifs internationaux fixés au début de ce siècle, sont la preuve qu’il est possible de penser et d’agir à grande échelle : réduire de moitié l’extrême pauvreté, interrompre la prolifération du VIH/SIDA et garantir l’accès universel à l’éducation primaire sont quelques uns de ces objectifs à atteindre d’ici 2015.

D’importants progrès ont été accomplis: par exemple, l’objectif de réduire de moitié la proportion de personnes sans accès à l’eau potable a déjà été atteint et le taux d’inscription des filles à l’école primaire a désormais rejoint celui des garçons. Globalement, les OMD ont contribué de manière historique à faire reculer la pauvreté.

Ces progrès seront toutefois limités si nous ne parvenons pas à traiter des injustices aussi flagrantes que le mariage des enfants. Alors que nos dirigeants commencent à réfléchir à de nouveaux objectifs de développement pour succéder aux OMD après 2015, nous estimons que le mariage des enfants devrait être considéré comme l’un des obstacles majeurs au bien-être de notre famille, l’humanité.

On justifie trop souvent le mariage des enfants en invoquant les coutumes ou les traditions. Bien que les traditions puissent avoir une fonction de lien social, nous rappelons régulièrement qu’elles ont été créées par l’homme. Si elles deviennent nuisibles, nous devons les modifier.

Desmond Tutu and Ela Bhatt with young people participating in a campaign to stop child marriage in Bihar, India

Desmond Tutu et Ela Bhatt avec des jeunes participant à un projet destiné à mettre en fin le mariage des enfants en Bihar, Inde

Lors de nos voyages en tant qu’Elders en Asie et en Afrique, nous avons rencontré des jeunes filles courageuses – ainsi que des garçons – qui n’hésitent à s’opposer aux traditions et à dire non au mariage précoce. A Bihar, un État au nord-est de l’Inde, où environ 70% des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans (ce qui est contraire à la loi nationale), nous avons échangé avec de jeunes gens qui s’engageaient, à travers une déclaration écrite, à ne pas se marier avant l’âge légal. Dans la région Amhara, au nord de l’Ethiopie, où les filles sont souvent mariées dès 12 ans, nous avons assisté à des groupes de discussion où les filles évaluent les bénéfices de mettre fin aux mariages d’enfants.

Ces rencontres nous ont convaincus qu’il existe un réel besoin de connecter différents groupes et de leur permettre de travailler ensemble. Cela nous a conduits à créer, l’année dernière, « Filles, pas épouses », un partenariat mondial regroupant près de deux cents organisations des quatre coins du monde.

Jour après jour, les voix de ces filles et garçons se font davantage entendre. Nous croyons fermement qu’un consensus international sur la nécessité de mettre fin au mariage des enfants est désormais en vue.

En créant « Filles, pas épouses », nous avions souhaité en finir avec le mariage des enfants en l’espace d’une génération. Pourquoi ne pas prendre l’engagement d’éliminer cette pratique néfaste d’ici 2030 ?

Cela aurait des retombées positives immédiates sur les objectifs pour le développement visant à améliorer la santé, l’éducation et l’égalité des chances. Ainsi, au fil des générations, les filles pourraient développer pleinement leur potentiel, accroître les bénéfices légués par leur propre mère – et permettre à leurs filles de faire de même.

En cette première Journée internationale de la fille, nous appelons la communauté internationale à faire aux filles la promesse d’une vie différente – une vie selon leurs propres choix.

Ela Bhatt est fondatrice de l’association indienne SEWA (Self Employed Women’s Association). Desmond Tutu est archevêque émérite du Cap. Ils sont membre des Elders, un groupe indépendant de dirigeants mondiaux œuvrant pour la paix, la justice et les droits de l’homme. Les Elders ont créé « Filles, pas épouses », un partenariat mondial regroupant plus de 200 associations dans 38 pays qui travaillent pour mettre fin au mariage des enfants.

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